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Dirigeant social et associé : une distinction fondamentale en droit des sociétés

  • Gabriel Hanna
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

En droit des sociétés, la confusion entre la qualité de dirigeant social et celle d’associé est fréquente.Elle concerne aussi bien les créateurs d’entreprise que des dirigeants expérimentés, et peut avoir des conséquences juridiques et économiques significatives.


Contrairement à une idée répandue, le fait de diriger une société ne confère pas nécessairement la propriété de celle-ci. Cette distinction, pourtant élémentaire sur le plan juridique, est trop souvent négligée lors de la création ou de la structuration d’une société.


I. La notion de dirigeant social : un mandat, non un droit de propriété

Le dirigeant social (gérant de SARL, président de SAS, directeur général, etc.) est investi d’un mandat social.


Ce mandat lui confère notamment le pouvoir de :

  • représenter la société à l’égard des tiers,

  • engager juridiquement la société,

  • assurer la gestion courante et stratégique de l’entreprise.


Toutefois, ce pouvoir est fonctionnel.Il ne repose pas sur un droit réel, mais sur une décision de nomination prise par les associés ou actionnaires, conformément aux statuts et à la loi.


Le dirigeant agit au nom et pour le compte de la société, mais ne détient aucun droit de propriété sur celle-ci du seul fait de ses fonctions.


II. La qualité d’associé ou d’actionnaire : la détention du capital

À l’inverse, l’associé (ou l’actionnaire) est celui qui détient une fraction du capital social, matérialisée par :

  • des parts sociales (SARL, SNC),

  • ou des actions (SAS, SA).


Cette détention confère des droits spécifiques, notamment :

  • des droits politiques (droit de vote, participation aux assemblées),

  • des droits financiers (dividendes, boni de liquidation),

  • un droit indirect sur la gouvernance de la société.


La propriété de la société découle exclusivement de la détention du capital, indépendamment de toute fonction de direction.


III. Un principe essentiel : deux qualités juridiquement autonomes

Il convient de rappeler un principe fondamental :


La qualité de dirigeant et celle d’associé sont juridiquement distinctes et autonomes.


Ces qualités peuvent :

  • être cumulées (dirigeant associé),

  • être dissociées (dirigeant non associé, associé non dirigeant),

  • évoluer indépendamment l’une de l’autre.


Ainsi :

  • un dirigeant peut exercer des pouvoirs étendus tout en étant minoritaire, voire totalement étranger au capital ;

  • un associé majoritaire peut contrôler la société sans exercer la moindre fonction opérationnelle.


IV. Les conséquences pratiques de cette distinction

La distinction entre mandat social et détention du capital emporte des conséquences majeures, notamment en matière de :


1. Révocation du dirigeant

Un dirigeant non associé peut être révoqué sans perdre aucun droit patrimonial sur la société.À l’inverse, un dirigeant associé conserve sa qualité d’associé même après sa révocation, sauf stipulation contraire.


2. Pouvoir décisionnel

Le pouvoir réel se situe souvent au niveau des assemblées, et non dans l’exercice quotidien de la direction.


3. Cession de la société

La vente des titres emporte transmission de la propriété de la société, indépendamment du maintien ou non du dirigeant en fonctions.


4. Responsabilité

Le dirigeant engage sa responsabilité civile, pénale et parfois financière, sans nécessairement disposer du contrôle capitalistique lui permettant de se protéger.


V. Une situation particulièrement sensible : le dirigeant minoritaire

Le dirigeant minoritaire se trouve dans une situation juridiquement délicate :

  • il supporte la responsabilité liée à la gestion,

  • sans disposer du pouvoir de décision ultime,

  • ni toujours des moyens contractuels de se prémunir contre une révocation brutale.


Cette configuration est fréquente dans les sociétés créées à plusieurs, notamment lors de levées de fonds ou d’entrées d’investisseurs.


VI. L’importance de l’anticipation contractuelle

La sécurisation du dirigeant passe par une anticipation dès la structuration de la société, notamment par :

  • une répartition réfléchie du capital,

  • la mise en place d’un pacte d’associés,

  • l’insertion de clauses encadrant la gouvernance, la révocation et la sortie du capital.


Ces outils permettent de rééquilibrer les rapports entre pouvoir, responsabilité et détention du capital.


Conclusion

La confusion entre la qualité de dirigeant et celle d’associé constitue une source récurrente de contentieux en droit des sociétés.Comprendre cette distinction est essentiel pour sécuriser la gouvernance, prévenir les conflits et protéger les intérêts de chacun.


En pratique, le montage juridique initial conditionne largement l’équilibre futur de la société.

 
 

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